L’Éclaircie sous la Pluie

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Chapitre 1 : Le Gris de Paris

La pluie ne tombait pas ; elle s’abattait avec une persévérance morne, une insistance liquide qui semblait vouloir effacer les contours de la ville. C’était un de ces dimanches après-midi de novembre à Paris où le ciel, d’un gris d’étain lourd et impénétrable, semblait peser directement sur les toits en zinc des immeubles haussmanniens.

Dans un petit deux-pièces situé au cinquième étage sans ascenseur d’un immeuble vieillissant du 18ème arrondissement, près de la porte de Clignancourt, le temps semblait s’être figé dans une gélatine de silence et de pénombre. L’appartement sentait le vieux papier, l’humidité qui s’infiltrait insidieusement dans les murs mal isolés, et cette odeur rance, indéfinissable, de la solitude prolongée.

Émilie Laurent, quarante-deux ans, était assise en tailleur sur son canapé clic-clac dont le tissu bleu marine était limé par les années. Elle était enveloppée dans un plaid en laine polaire gris, effiloché aux coins, qu’elle serrait contre elle comme une armure dérisoire contre le froid qui s’insinuait par les fenêtres à simple vitrage. Entre ses mains pâles, aux ongles courts et non vernis, elle tenait une tasse de café bon marché, désormais tiède, dont l’amertume acre avait depuis longtemps cessé de la réveiller.

Elle regardait dehors, ou plutôt, elle regardait à travers la vitre salie par la pollution urbaine, fixant les gouttes qui traçaient des chemins aléatoires sur le verre, semblables aux larmes qu’elle avait versées sans fin, jusqu’à ce que la source semble se tarir, la laissant non pas apaisée, mais vidée, desséchée de l’intérieur.

Autrefois, Émilie était une femme que l’on remarquait. Professeure de Lettres Modernes dans un lycée réputé du Quartier Latin, elle avait cette élégance naturelle, ce « je-ne-sais-quoi » que les magazines féminins français célèbrent tant. Elle vivait pour ses élèves, pour ces moments de grâce où un adolescent lève les yeux de son téléphone pour comprendre enfin la mélancolie de Baudelaire ou la passion de Racine. Mais cette femme semblait appartenir à une autre vie, à un autre siècle.

Aujourd’hui, le simple fait de respirer lui demandait un effort conscient. Le soupir qui s’échappa de ses lèvres résonna étrangement fort dans la petite pièce, se mêlant au sifflement du vent qui s’engouffrait sous la porte d’entrée. C’était la symphonie de son isolement. Paris, la Ville Lumière, la ville des amoureux flânant sur les quais de Seine, la ville des terrasses de café animées où l’on refait le monde, n’était pour elle qu’une vaste prison de pierre et de bruit.

Cinq ans. Cela faisait cinq ans que les fondations de son existence s’étaient effondrées, emportant tout sur leur passage. Le divorce brutal, inattendu comme un coup de poing au plexus ; la perte de son poste, non pas par licenciement, mais par une démission forcée due à un burn-out sévère que l’Administration avait pudiquement qualifié de « congé longue maladie » avant qu’elle ne parte définitivement ; l’éloignement progressif des amis qui ne savaient pas gérer le malheur des autres ; et finalement, la perte de soi.

Dans cet appartement exigu, où les bruits des voisins — une dispute étouffée à l’étage du dessus, le son d’un téléviseur réglé trop fort chez la vieille dame du dessous — traversaient les planchers trop fins, Émilie se sentait paradoxalement plus seule que si elle avait été sur une île déserte. L’isolement urbain a cette particularité cruelle : il vous entoure de milliers de vies tout en vous rendant invisible.

Son téléphone vibra sur la table basse encombrée de prospectus publicitaires et de factures non ouvertes. L’écran s’illumina, projetant une lueur bleutée, spectrale, sur son visage fatigué. C’était une notification d’un réseau social, un rappel cruel : « Il y a 7 ans, vous étiez ici ». La photo montrait une Émilie rayonnante, un verre de vin rouge à la main, riant aux éclats lors d’un dîner dans le Marais, entourée de visages amis et, à ses côtés, Marc, son ex-mari.

Elle ferma les yeux, une douleur aiguë lui traversant la poitrine. Dans la société française actuelle, la pression sur les femmes de la quarantaine est immense. Il faut être une mère parfaite (si l’on a des enfants), une professionnelle accomplie, rester mince, sexuellement désirable, et surtout, gérer ses émotions avec discrétion. La dépression est encore souvent vue comme une faiblesse de caractère, un manque de volonté, surtout dans une ville où tout le monde court après le temps, le succès, ou le dernier métro. Émilie avait échoué sur tous les tableaux. Elle était devenue une anomalie, une note discordante dans la mélodie frénétique de la capitale.

Chapitre 2 : La Chute

Pour comprendre l’ampleur du vide qui habitait désormais le salon d’Émilie, il fallait remonter le temps. La genèse de cette déchéance remontait à un après-midi d’octobre, cinq ans plus tôt. À l’époque, Émilie avait trente-sept ans. Elle traversait le Jardin du Luxembourg après ses cours, les feuilles mortes craquant sous ses bottines en cuir, l’esprit encore exalté par une discussion passionnée avec sa classe de Première sur L’Étranger de Camus. Elle se sentait utile, intellectuellement vivante.

Elle rentrait alors dans un bel appartement haussmannien du 6ème arrondissement, spacieux, lumineux, avec ses moulures au plafond et son parquet en point de Hongrie qui craquait familièrement. Elle aimait sa vie. Elle aimait son métier. Et elle croyait aimer son mariage de douze ans.

Marc était ingénieur en informatique, brillant, souvent stressé par ses projets pour une grande entreprise de la Défense, mais elle attribuait ses silences et ses retards à la pression du travail. La vérité éclata ce soir-là, non pas avec des cris, mais avec une froideur clinique qui la hanta encore. Il était assis dans le fauteuil en velours, un verre de whisky à la main, et il lui avait dit, sans la regarder : « Je pars. J’ai rencontré quelqu’un. Elle est enceinte. »

La « quelqu’un » était une collègue de vingt-huit ans.

Le divorce en France, même par consentement mutuel, est une épreuve administrative et émotionnelle, mais le leur fut une guerre de tranchées. Marc, froid et procédurier, avait préparé son départ depuis des mois. Le choc fut tellurique. Émilie perdit l’appartement qu’ils louaient ensemble, trop cher pour son seul salaire d’enseignante. Elle dut déménager en urgence, quittant la Rive Gauche bourgeoise et rassurante pour ce petit appartement du 18ème populaire, bruyant, étranger.

C’est là que la spirale commença. Au début, c’était insidieux. Une fatigue qui ne passait pas après une nuit de sommeil. Une perte d’appétit remplacée par des fringales soudaines. Elle qui cuisinait des plats équilibrés, des blanquettes le dimanche et des salades composées la semaine, se mit à sauter des repas. Le soir, épuisée par la tristesse et les trajets en métro bondé, elle se contentait d’une baguette qu’elle mangeait à même le sachet papier, accompagnée de morceaux de comté ou, pire, d’un paquet de biscuits industriels avalé devant la télévision.

Les nuits devinrent son ennemi. Elle restait éveillée jusqu’à trois ou quatre heures du matin, l’esprit tournant en boucle sur les souvenirs, disséquant chaque conversation passée pour trouver l’indice qu’elle avait manqué, la preuve de sa propre insuffisance. Le tic-tac de l’horloge murale résonnait comme un compte à rebours vers le néant.

Le manque de sommeil commença à affecter son travail. Elle arrivait en retard au lycée, les yeux cernés, les vêtements froissés. Elle perdait patience avec les élèves, elle qui était réputée pour sa pédagogie bienveillante. Un jour, en plein cours sur Victor Hugo, elle éclata en sanglots devant trente adolescents médusés. L’humiliation fut totale. Deux semaines plus tard, son médecin généraliste la mettait en arrêt maladie pour « syndrome d’épuisement professionnel ». Elle ne remit jamais les pieds dans sa salle de classe.

L’isolement social se referma sur elle comme un piège. Les amis communs, gênés par la situation, prirent tacitement le parti de Marc, ou du moins, celui de la « vie normale ». Ils invitaient le nouveau couple, jeune et dynamique, et oubliaient « la pauvre Émilie » qui plombait l’ambiance. Sa famille, vivant en province, près de Lyon, s’inquiétait au téléphone, mais Émilie, par orgueil et par honte, minimisait tout. « Ça va, maman, juste un peu de fatigue », mentait-elle en fixant le vide. Elle ne voulait être un fardeau pour personne.

Elle arrêta le yoga, qu’elle pratiquait assidûment depuis dix ans. Son tapis resta roulé dans un coin, prenant la poussière, symbole muet d’un équilibre perdu. À la place, elle développa une relation toxique avec les écrans, laissant la lumière bleue des séries télévisées et des réseaux sociaux remplacer la lumière du soleil. Elle devint une ombre dans sa propre vie, une silhouette floue glissant sur les trottoirs humides de Paris, invisible aux yeux des passants pressés.

Chapitre 3 : La Métamorphose Douloureuse

Les difficultés ne s’additionnaient pas ; elles se multipliaient, créant une complexité de souffrance qui semblait sans issue. Physiquement, la transformation d’Émilie fut spectaculaire et cruelle.

L’insomnie chronique avait creusé son visage. Ses yeux, autrefois d’un noisette pétillant, étaient désormais éteints, soulignés de poches violacées permanentes. Sa peau, privée de soins et de soleil, avait pris une teinte grisâtre, rappelant le ciel de Paris. Chaque matin, en se brossant les cheveux devant le miroir piqué de la salle de bain, elle récupérait des poignées de cheveux bruns, conséquence du stress et des carences alimentaires.

Mais le changement le plus visible fut la prise de poids. En deux ans, elle passa d’une taille 38 à un 44 serré. Elle prit quinze kilos. Les dîners sautés avaient été remplacés par des orgies nocturnes de glucides et de sucres : pains au chocolat achetés par lots de cinq au supermarché, tablettes de chocolat noir, chips… La nourriture était devenue son seul anxiolytique, une source de plaisir éphémère qui laissait place à une culpabilité écrasante dès la dernière miette avalée. L’odeur douçâtre et écoeurante des emballages vides imprégnait sa petite cuisine.

Cette prise de poids renforça sa réclusion. Dans une ville comme Paris, où la minceur est souvent érigée en vertu morale et où le regard des autres dans le métro ou dans les boutiques est impitoyable, Émilie se sentait monstrueuse. Elle ne rentrait plus dans ses anciens vêtements élégants. Elle ne portait plus que des leggings noirs et de larges pulls informes pour cacher ce corps qu’elle ne reconnaissait plus, ce corps qui l’avait trahie.

La fatigue perpétuelle la rendait irritable. Le bruit des klaxons sur le boulevard Barbès la faisait sursauter de rage. Le chant des oiseaux, rare dans son quartier, lui semblait être une moquerie. Mentalement, l’anxiété s’était installée comme une locataire indésirable. Elle se réveillait souvent en sueur au milieu de la nuit, le cœur battant la chamade, persuadée qu’une catastrophe imminente allait se produire. C’était des crises d’angoisse silencieuses, terrifiantes.

Une dépression sourde, qualifiée de « légère » par les médecins mais ressentie comme une chape de plomb, lui avait ôté tout goût à la vie. Même la lecture, son refuge ultime, son sanctuaire, était devenue impossible. Les mots dansaient sur la page, les phrases perdaient leur sens. Elle pouvait lire dix fois le même paragraphe sans rien comprendre. Voir sa bibliothèque remplie de classiques qu’elle ne pouvait plus ouvrir était une torture quotidienne.

Émilie avait pourtant essayé de chercher de l’aide. Le système de santé français est l’un des meilleurs au monde, dit-on, mais la santé mentale en est le parent pauvre. Elle avait tenté de prendre rendez-vous avec un psychiatre conventionné secteur 1 (remboursé par la Sécurité Sociale), mais les délais d’attente étaient de six mois. Les psychologues libéraux, eux, coûtaient soixante ou soixante-dix euros la séance, non remboursés, une somme impossible pour elle qui vivait désormais des minima sociaux et de quelques cours particuliers donnés sporadiquement via webcam.

Elle s’était tournée vers la technologie. Elle avait téléchargé des applications de méditation populaires, écoutant des voix doucereuses lui dire de « lâcher prise » alors qu’elle ne demandait qu’à tenir bon. Elle avait discuté avec des chatbots de santé, dont les réponses algorithmiques (« Avez-vous pensé à boire un verre d’eau ? ») lui donnaient envie de hurler. Elle avait essayé les cours de fitness sur YouTube, promettant des « abdos en béton en 15 minutes », mais se retrouvait essoufflée et humiliée après trois minutes, seule sur son tapis de sol poussiéreux.

Les applications de suivi de cycle menstruel et de santé étaient trop complexes, conçues pour des femmes de vingt ans obsédées par la performance, et ne prenaient absolument pas en compte les bouleversements hormonaux de la préménopause qui commençaient à l’affecter, ajoutant des sautes d’humeur imprévisibles à son tableau clinique.

Sa voisine du dessous, Madame Martin, une veuve portugaise au grand cœur qui vivait là depuis quarante ans, essayait parfois d’intervenir. Elle montait, prétextant avoir trop fait de soupe au chou ou de beignets de morue, et frappait à la porte d’Émilie. — Madame Émilie ? C’est Maria. Ouvrez-moi, j’ai quelque chose de chaud pour vous. Mais Émilie restait figée derrière la porte verrouillée, retenant son souffle. Elle ne voulait pas de pitié. Elle ne voulait pas que Madame Martin voie l’état de l’appartement, l’évier rempli de vaisselle sale, le linge qui s’empilait sur le fauteuil. — Je suis occupée, Madame Martin, merci, laissez-le devant la porte, répondait-elle d’une voix étranglée. Et elle attendait le bruit des pas lourds redescendant l’escalier avant d’entrouvrir la porte pour récupérer le plat, se sentant comme un animal craintif sortant de sa tanière.

Sa sœur cadette, Sophie, qui vivait à Lyon, appelait tous les dimanches. — Émilie, il faut que tu sortes. Viens passer une semaine à la maison, les enfants demandent après toi. On ira se promener au Parc de la Tête d’Or.Je ne peux pas, Sophie, j’ai… j’ai beaucoup de travail de correction en ce moment, mentait Émilie, alors qu’elle n’avait pas corrigé une copie depuis des années. — Arrête de te cacher, ça suffit maintenant, s’énervait parfois Sophie. Alors Émilie prétextait une mauvaise connexion et raccrochait, coupant le dernier lien ténu qui la rattachait à sa propre histoire.

Chapitre 4 : La Lueur dans la Nuit Numérique

Le point de bascule ne vint pas d’une révélation mystique ni d’une intervention médicale, mais d’un algorithme publicitaire, par une nuit de tempête en octobre. La pluie fouettait les vitres avec une violence rare, et le vent hurlait dans les cheminées du toit.

Émilie était allongée sur son canapé, son téléphone à la main, faisant défiler machinalement son fil d’actualité Facebook, un geste devenu un tic nerveux. Entre une photo de chat et une diatribe politique, une publicité au design épuré apparut. Pas de promesse de perte de poids miracle, pas de photo avant/après retouchée. Juste un fond apaisant, couleur sauge, et un texte simple :

« Strongbody IA : Retrouvez l’humain derrière la santé. Connectez-vous avec de vrais experts dédiés à la santé des femmes. Pas de robots, juste un pont vers le mieux-être. »

Émilie faillit scroller. Elle se méfiait de ces applications américaines traduites à la va-vite qui inondaient le marché français. Mais quelque chose la retint. Peut-être le mot « Humain ». Peut-être la promesse de ne pas être jugée par une machine. Poussée par une curiosité qui ressemblait à un dernier appel au secours, elle cliqua.

L’application n’était pas un simple chatbot. C’était une plateforme de mise en relation, une sorte de conciergerie médicale haut de gamme mais accessible, conçue pour combler les failles du système traditionnel. Elle promettait de connecter l’utilisatrice avec un professionnel de santé réel — psychologue, nutritionniste, coach — qui la suivrait dans la durée, utilisant l’IA uniquement pour gérer les données, les rappels et le suivi administratif.

Elle téléchargea l’application. L’inscription était bienveillante. Pas de questions intrusives sur son poids dès la première seconde. Juste : « Comment vous sentez-vous aujourd’hui, Émilie ? ». Elle répondit honnêtement, pour la première fois depuis des années : « Je me sens perdue. »

Quelques minutes plus tard, l’algorithme de « matching » lui proposa un profil. Non pas un coach sportif de vingt ans aux abdominaux saillants, mais une femme au visage ouvert et intelligent. Dr. Sofia Benamar. Psychologue clinicienne et nutritionniste, basée à Montpellier. Cinquante ans. Spécialisée dans l’accompagnement des femmes en transition de vie et la gestion du stress post-traumatique. La description disait : « Je crois en une approche holistique. On ne soigne pas l’esprit sans nourrir le corps, et on ne répare pas le corps sans écouter l’esprit. »

Émilie hésita. C’était payant, bien sûr, bien que moins cher qu’une thérapie en cabinet parisien. Elle regarda son solde bancaire en ligne. Il restait juste assez pour le forfait découverte d’un mois. C’était l’argent prévu pour ses courses alimentaires. Dans un élan d’irrationnel, ou peut-être de survie pure, elle valida le paiement.

Le premier rendez-vous vidéo eut lieu le lendemain matin. Émilie avait rangé le coin du salon visible derrière elle, poussé la pile de linge hors du champ de la caméra, et passé un coup de peigne dans ses cheveux ternes. Elle s’était même mis un peu de crème hydratante, un geste qu’elle n’avait pas fait depuis des mois.

À 10h00 précises, l’écran s’alluma. Le visage du Dr. Benamar apparut. Elle était dans un bureau lumineux, on devinait le soleil du sud à travers les persiennes derrière elle. Elle avait des cheveux foncés bouclés, attachés négligemment, et des lunettes à monture rouge posées sur le nez. — Bonjour Émilie, dit-elle. Sa voix était chaude, avec une pointe d’accent chantant du midi qui réchauffa instantanément l’atmosphère glaciale de l’appartement parisien. Je suis ravie de vous rencontrer.

Émilie ouvrit la bouche pour dire les banalités d’usage, mais rien ne sortit. Sa gorge se noua. Elle vit la bienveillance dans les yeux du médecin à travers les pixels. — Prenez votre temps, dit doucement le Dr. Benamar. Nous avons tout notre temps.

Et tout sortit. Le barrage céda. Émilie parla pendant quarante minutes sans s’arrêter. Elle raconta la pluie, le froid, le divorce, la honte, les gâteaux mangés en cachette, les insomnies, la solitude de Paris, la peur de mourir seule dans cet appartement, l’absence de sens. Elle pleura, des larmes laides et morveuses qu’elle essuyait du revers de sa manche.

Le Dr. Benamar écouta sans interrompre, hochant la tête, prenant quelques notes. Quand Émilie eut fini, épuisée, le médecin se pencha vers la caméra. — Émilie, je vous entends. Je comprends cette douleur. Ce que vous vivez, ce n’est pas de la faiblesse. C’est la réaction normale d’un organisme et d’un esprit qui ont encaissé trop de chocs sans avoir le temps de cicatriser. Vous êtes en mode survie depuis cinq ans. Il est temps de passer en mode vie.

Ce n’était pas une formule magique. Mais pour la première fois, Émilie ne se sentait pas comme un dossier médical ou un problème à résoudre. Elle se sentait reconnue.

L’interface de Strongbody IA se mit en place après l’appel. Ce n’était pas intrusif. Juste un journal de bord personnalisé où le Dr. Benamar inscrivait des objectifs minuscules, presque ridicules. Pas de « Courir 10km ». Mais : « Objectif du jour : Boire un verre d’eau au réveil. » « Objectif du jour : Ouvrir la fenêtre 5 minutes pour aérer. »

Émilie reçut aussi une notification pour adapter son alimentation en fonction de son cycle. Le Dr. Benamar avait noté ses symptômes de préménopause. « Cette semaine, privilégiez le magnésium, vous allez être plus anxieuse à cause de la chute hormonale », disait une note vocale laissée par le médecin dans l’application.

Émilie commença à remplir le journal. Elle acheta un petit carnet en papier aussi, aimant l’odeur du neuf, pour doubler les notes de l’application. Le soir, elle se fit une tisane au lieu d’ouvrir le paquet de gâteaux. C’était un début infime, fragile comme une flamme de bougie dans un courant d’air.

Cependant, la technologie n’était pas parfaite. Paris avait ses caprices, et la connexion internet de l’immeuble d’Émilie était instable. Lors de leur deuxième appel, l’image se figea plusieurs fois, la voix du Dr. Benamar devenant robotique et hachée. Émilie sentit la panique monter, cette vieille colère contre le monde moderne. Il fallait aussi anticiper les rendez-vous ; impossible d’appeler le médecin à 3 heures du matin quand l’angoisse la prenait à la gorge. L’application proposait bien un chat d’urgence avec une IA pour ces moments-là, mais Émilie savait que ce n’était qu’un palliatif.

Pourtant, malgré les bugs, malgré l’écran qui les séparait, le lien humain persistait. Le Dr. Benamar était là. Elle existait. Et elle attendait qu’Émilie aille mieux.

Chapitre 5 : Les Premiers Pas sur le Verglas

Le véritable travail commença, lent et laborieux. Le Dr. Benamar avait établi un plan de bataille qui ne ressemblait à aucun régime qu’Émilie avait connu. — Oubliez la balance, avait dit Sofia (elles étaient passées au prénom). Votre corps n’est pas l’ennemi. Il essaie juste de vous protéger avec cette couche de graisse. On va le rassurer.

Les consignes étaient simples mais structurantes :

  1. Hydratation : Deux litres d’eau par jour. Émilie acheta une jolie carafe pour rendre le geste plus agréable.
  2. Respiration : Dix minutes de cohérence cardiaque matin et soir, guidées par l’application.
  3. Sommeil : Extinction des feux (et des écrans) à 22h00. Lecture papier obligatoire.
  4. Nutrition : Un petit-déjeuner royal. Flocons d’avoine, fruits frais, noix.

Les premiers jours furent une lune de miel. Émilie redécouvrit des sensations oubliées. Le croquant d’une pomme Granny Smith, acide et sucrée. La chaleur de l’eau chaude citronnée le matin. Le rituel de préparer son petit-déjeuner donnait une raison de se lever. Elle se sentait vertueuse, presque purifiée. Elle envoya une photo de son bol d’avoine joliment présenté à Sofia via l’application, recevant en retour un emoji « Bravo » et un commentaire vocal encourageant.

Mais la dépression est une bête sournoise qui ne se laisse pas dompter par quelques jours de vitamines. La rechute survint au bout de deux semaines, brutale.

C’était un mardi pluvieux. Émilie avait mal dormi, réveillée par les bruits de la rue. Ses hormones étaient en chute libre. Elle se leva avec une sensation de plomb dans les membres. En ouvrant son placard, elle renversa accidentellement sa boîte de flocons d’avoine. Les graines se répandirent sur le carrelage froid de la cuisine.

Au lieu de nettoyer, Émilie s’effondra. Elle s’assit par terre, au milieu de l’avoine, et pleura. C’était trop dur. Tout ça pour quoi ? Elle était seule, grosse, vieille, et ramassait des graines par terre dans un appartement miteux. La voix critique dans sa tête revint en force : « Tu es pathétique. Tu crois vraiment qu’une application va te sauver ? »

Elle ne fit pas ses exercices de respiration. Elle ne but pas son eau. À midi, elle sortit acheter deux croissants aux amandes et une baguette viennoise qu’elle dévora debout dans sa cuisine. Le sucre lui procura un « high » immédiat, suivi d’un crash terrible.

Le soir, tard, elle prit son téléphone. Elle ouvrit Strongbody IA. Elle hésita à mentir, à cocher les cases comme si de rien n’était. C’était ce qu’elle faisait toujours : sauver les apparences. Mais à quoi bon ? Elle payait pour ça. Elle écrivit un message à Sofia : « J’ai tout gâché. J’ai mangé n’importe quoi. Je veux abandonner. Je n’y arriverai pas. C’est trop dur pour moi. »

Elle s’attendait à une réponse le lendemain matin, ou à un message automatique lui suggérant une vidéo de motivation. Mais dix minutes plus tard, son téléphone vibra. Sofia, qui travaillait tard ce soir-là pour préparer une conférence, avait vu le message de détresse.

Le message disait : « Émilie, écoutez-moi bien. Vous n’avez rien gâché. La guérison n’est pas une ligne droite qui monte vers le ciel. C’est un chemin de montagne, avec des virages, des descentes et des montées. Aujourd’hui, vous avez trébuché. C’est tout. Vous ne dévalez pas la pente jusqu’en bas. Vous vous asseyez, vous respirez, et demain, on reprend la marche. Ne vous jugez pas. Je suis là. Nous sommes ensemble là-dedans. »

Elle ajouta une modification au programme du lendemain via l’IA : « Pas de sport demain. Juste de la douceur. Un bain chaud, et essayez de faire 5 minutes de yoga très doux pour le bas du dos. Je vous ai mis une vidéo spécifique dans votre bibliothèque. Courage. »

Émilie relut le message trois fois. « Nous sommes ensemble. » Ce soir-là, elle ne mangea pas le reste des gâteaux. Elle prit un bain, comme suggéré. L’eau chaude détendit ses muscles crispés. Elle s’endormit en serrant son téléphone, non plus comme une source d’anxiété, mais comme un talisman, un lien vers une rive plus sûre.

Strongbody IA commença à devenir plus qu’un outil : c’était une ancre. Le groupe de soutien virtuel, modéré par des professionnels (et non laissé en roue libre comme sur les forums internet classiques), lui permit de lire les témoignages d’autres femmes. Une certaine « Valérie de Bordeaux » racontait ses difficultés avec le grignotage nocturne. Une « Chantal de Lille » parlait de sa solitude après le départ de ses enfants. Émilie n’était plus une anomalie. Elle faisait partie d’une communauté invisible de femmes qui luttaient pour retrouver la lumière.

C’est au cours du deuxième mois que le premier véritable défi extérieur se présenta. Pour valider une étape de son parcours « Bien-être social » sur l’application, Sofia lui avait lancé un défi : « Cette semaine, Émilie, je voudrais que vous fassiez une activité qui implique de sortir de chez vous et d’être en présence d’autres humains, sans obligation de performance. Juste être là. »

Émilie avait paniqué. Mais en passant devant la Maison des Associations de son quartier, elle vit une affiche un peu décollée : « Atelier d’écriture créative. Tous niveaux. Jeudi 19h. Gratuit. » L’écriture. C’était son ancienne passion. Elle se rappelait l’odeur de la craie et des vieux livres. Elle prit une photo de l’affiche et l’envoya à Sofia. « C’est parfait », répondit le médecin. « Allez-y. Ne vous forcez pas à écrire un chef-d’œuvre. Allez-y juste pour écouter les mots des autres. »

Le jeudi soir, il pleuvait encore, une bruine fine et glaciale. Émilie faillit faire demi-tour trois fois sur le chemin. Son cœur battait si fort qu’elle avait peur de faire un malaise. Elle se sentait gauche dans son jean trop serré et son grand imperméable beige. Mais elle poussa la porte.

La salle était mal chauffée, éclairée par des néons grésillants. Il y avait une dizaine de personnes assises autour d’une table en formica. Un jeune homme avec une écharpe colorée animait la séance. Émilie s’assit au fond, près du radiateur, essayant de se faire toute petite. — Bienvenue, dit l’animateur. On commence par un tour de table. Juste votre prénom.Émilie, murmura-t-elle, la voix tremblante.

À la pause, alors qu’elle s’apprêtait à fuir, une femme s’approcha d’elle. Elle avait des cheveux courts, coupés à la garçonne, un visage rond et avenant, et portait un pull rouge vif qui semblait défier la grisaille ambiante. — Excuse-moi, dit la femme avec un grand sourire. Tu ne serais pas Émilie Laurent ? On était à la Sorbonne ensemble, en licence de Lettres, il y a… mon dieu, vingt ans ?

Émilie plissa les yeux. Un vague souvenir remonta. Les amphithéâtres bondés, les cafés pris au « Reflet Médicis ». — Anna ? Anna Dubois ?C’est ça ! Anna éclata de rire. Incroyable ! Tu as changé, mais tu as toujours ce regard intense.

Anna ne fit aucune remarque sur le poids d’Émilie, ni sur son air fatigué. Elle était juste heureuse. Elle raconta qu’elle vivait dans le quartier, qu’elle avait perdu son job dans la communication l’année dernière et qu’elle essayait d’écrire un roman pour ne pas sombrer. — C’est dur, hein, Paris quand on est au chômage ? lança Anna avec une franchise désarmante.

Pour la première fois depuis cinq ans, Émilie ne se sentit pas obligée de mentir. — Oui, dit-elle. C’est très dur. Je… je remonte la pente, doucement.Moi, c’est la course à pied qui m’a sauvée, confia Anna. Je cours aux Buttes-Chaumont. Ça décrasse la tête. Tu devrais venir un jour. On marche, si tu veux pas courir.

Émilie rentra chez elle ce soir-là avec une sensation étrange dans la poitrine. Ce n’était pas de l’angoisse. C’était une légère chaleur. Elle ouvrit Strongbody IA et écrivit dans son journal : « J’ai rencontré quelqu’un. Une amie. Elle m’a proposé de marcher. » La réponse de Sofia arriva le lendemain avec un emoji soleil : « C’est le début du printemps, Émilie. Même en plein novembre. »

C’était la fin de la première phase. Émilie n’était pas guérie. Elle était encore fragile, son sommeil était encore haché, et son corps lui pesait. Mais la porte de sa prison intérieure, verrouillée à double tour depuis le départ de Marc, venait de s’entrouvrir de quelques millimètres.

Chapitre 6 : L’Orage Intérieur

Le mois de janvier s’abattit sur Paris avec une rigueur minérale. Le ciel n’était plus gris, il était blanc, d’un blanc crayeux et froid qui gelait les os. Pour Émilie, cette période marquait habituellement le creux de la vague, le moment où la dépression saisonnière s’ajoutait à sa mélancolie chronique. Pourtant, grâce à Strongbody IA et au soutien distant mais constant du Dr. Sofia Benamar, elle tenait bon. Elle avait instauré une routine fragile : le verre d’eau, la lumière du jour, quelques pages d’écriture.

Mais le corps a une mémoire, et parfois, il crie plus fort que la raison.

C’était un mardi matin, vers 5 heures. L’aube n’avait pas encore percé l’obscurité dense de l’hiver parisien. Émilie fut tirée du sommeil non par un bruit, mais par une sensation terrifiante. Son cœur. Il ne battait plus ; il explosait dans sa poitrine. Boum. Boum. Boum. Un rythme anarchique, violent, qui résonnait jusque dans ses tempes.

Elle s’assit brusquement dans son lit, cherchant son souffle. L’air semblait s’être raréfié dans la petite chambre. Une douleur aiguë lui serra la gorge, comme une main invisible qui l’étranglait. La panique, froide et liquide, se déversa dans ses veines. « Je fais une crise cardiaque. Je vais mourir ici, seule, et personne ne me trouvera avant des jours. »

Ses mains tremblaient de manière incontrôlable. Elle essaya de se lever pour aller à la cuisine, mais ses jambes se dérobèrent. Elle rampa presque jusqu’à sa table de nuit pour saisir son téléphone. Ses doigts glissaient sur l’écran. Elle ne pensait pas au SAMU (le 15), son esprit brouillé par la peur cherchait un visage familier, une ancre.

Elle ouvrit Strongbody IA. Il était trop tôt pour un rendez-vous, mais l’application disposait d’un bouton « SOS Anxiété » qui déclenchait une procédure d’urgence. Elle appuya dessus, les larmes aux yeux. L’écran afficha un cercle pulsant, bleu et apaisant, synchronisé avec une voix synthétique mais douce : « Inspirez… Expirez… » Mais cela ne suffisait pas. La terreur était trop forte.

Soudain, une notification prioritaire apparut. Le Dr. Benamar, qui se trouvait être de garde pour la supervision des urgences de la plateforme ce matin-là (le décalage horaire avec une conférence internationale jouait en sa faveur), prit l’appel vidéo.

L’image était floue, pixellisée par la mauvaise connexion 4G de l’appartement, mais la voix de Sofia était claire, impérieuse et calme. — Émilie ? Regardez-moi. Regardez l’écran.

Émilie hoqueta, tenant le téléphone à deux mains comme une bouée de sauvetage. — Je… je meurs, Sofia. Mon cœur… ça s’arrête pas.Vous ne mourez pas, Émilie. Vous faites une attaque de panique massive, probablement couplée à une décharge hormonale. Écoutez ma voix. Rien que ma voix.

Sofia commença à guider une respiration en carré. — Inspirez sur quatre temps. Un, deux, trois, quatre. Bloquez. Un, deux, trois, quatre. Expirez sur quatre. Bloquez.

Pendant dix interminables minutes, la voix du médecin fut le seul fil qui retenait Émilie au monde réel. Peu à peu, l’étau autour de sa poitrine se desserra. Les battements cardiaques, bien que toujours rapides, redevinrent réguliers. La sueur froide qui trempait son pyjama commença à sécher, la laissant grelottante.

C’est bien, Émilie. Vous êtes là. Vous êtes en sécurité, dit Sofia, dont le visage bienveillant apparut enfin plus nettement. Cependant, je ne suis pas médecin urgentiste physique. Ce que vous décrivez — cette tachycardie soudaine, ces tremblements, couplés à votre perte de cheveux et votre fatigue — cela ressemble à une crise thyréostimulante. Il faut consulter un endocrinologue dès aujourd’hui.

Ce diagnostic virtuel fut une révélation. Ce n’était pas « juste dans sa tête ». Ce n’était pas juste sa faiblesse psychologique. Son corps avait un dysfonctionnement réel.

L’après-midi même, grâce à une téléconsultation arrangée via la plateforme avec un partenaire local, Émilie fit une prise de sang. Le verdict tomba 24 heures plus tard : Hypothyroïdie sévère d’Hashimoto, probablement déclenchée par le choc émotionnel du divorce et non traitée depuis des années.

La technologie avait ses limites, cependant. Lors de l’appel de suivi le lendemain, l’application Strongbody IA planta complètement. Écran noir. Impossible de se reconnecter. Pendant vingt minutes, Émilie se retrouva seule face à son téléphone muet, sentant l’angoisse remonter. Elle dut redémarrer sa box internet, souffler, et se rappeler les exercices de respiration toute seule. C’était un rappel brutal : l’application était un outil, pas une béquille magique. La force devait venir d’elle. Elle prit son médicament (Lévothyrox), but son verre d’eau, et attendit que la connexion revienne, assise en tailleur sur son tapis de yoga qu’elle avait enfin déroulé.

Chapitre 7 : Le Dégel

Février et mars passèrent, apportant avec eux les premiers bourgeons vert tendre sur les arbres des boulevards parisiens. Avec le traitement pour sa thyroïde et le suivi psychologique continu avec le Dr. Benamar, le brouillard mental d’Émilie commença à se dissiper.

C’était comme si quelqu’un avait nettoyé les vitres de son âme. Les couleurs semblaient plus vives. Le bruit du métro n’était plus une agression, mais simplement la rumeur de la ville.

Sa routine s’était étoffée. Le matin, elle ne se contentait plus de regarder par la fenêtre. Elle descendait. Elle allait à la boulangerie, non pas pour acheter des viennoiseries, mais pour prendre une baguette tradition bien cuite et discuter deux minutes avec la boulangère. — Il fait beau aujourd’hui, madame Laurent, ça fait du bien, non ?Oui, ça fait du bien, répondait Émilie, surprise de penser que c’était vrai.

Elle avait repris contact avec Anna, son amie retrouvée de l’atelier d’écriture. Un dimanche matin, Anna l’emmena aux Buttes-Chaumont. Ce parc, avec son lac artificiel, ses falaises et son temple de la Sibylle, est l’un des plus escarpés de Paris. — On ne court pas pour maigrir, Émilie, lui dit Anna en laçant ses chaussures fluo. On court pour semer nos démons. S’ils veulent nous rattraper, il faudra qu’ils courent vite.

Les premières foulées furent un calvaire. Émilie avait le souffle court, les jambes lourdes. Elle s’arrêta au bout de trois minutes, pliée en deux, la nausée au bord des lèvres. Mais Anna ne la jugea pas. Elle s’arrêta, marcha à ses côtés. — Regarde autour de toi. Regarde ces gens. Personne ne te regarde. Tout le monde se bat contre quelque chose.

Émilie regarda. Elle vit un vieux monsieur qui marchait avec peine, une jeune maman qui poussait un landau en transpirant, un groupe d’ados qui riaient. Elle faisait partie de ce tout. Elle recommença à trottiner. Cinq minutes. Puis dix. Quand elle rentra chez elle ce jour-là, ses joues étaient rouges, non de honte, mais de l’effort et du vent frais. Elle prit une douche, se regarda dans le miroir. Elle n’était pas encore mince, mais son regard avait changé. Il y avait une étincelle.

Le vrai test de sa « renaissance » sociale eut lieu fin mars. Sophie, sa sœur, annonça sa visite. D’habitude, Émilie inventait une excuse : une grippe, une fuite d’eau, n’importe quoi. Cette fois, elle répondit : — Viens. J’ai un canapé-lit, ce n’est pas le luxe, mais je serais contente de te voir.

Sophie arriva un samedi midi, chargée de valises et d’odeurs familières. Elle avait apporté une tarte aux pralines, spécialité lyonnaise, et du saucisson brioché. En voyant Émilie sur le pas de la porte, Sophie s’arrêta net. Elle ne vit pas les kilos en trop (qui commençaient à fondre, mais étaient encore là). Elle vit que sa sœur se tenait droite. Elle vit que ses cheveux étaient propres et brillants. Elle vit qu’elle souriait. — Émilie…, souffla Sophie. Elles tombèrent dans les bras l’une de l’autre. Dans ce petit appartement parisien qui avait été le théâtre de tant de solitude, les rires de deux sœurs résonnèrent enfin. Elles mangèrent la tarte aux pralines sans culpabilité, savourant chaque miette sucrée comme une victoire sur l’austérité des années passées. Sophie dit simplement : « Je t’ai retrouvée. J’ai eu si peur de t’avoir perdue pour toujours. »

Chapitre 8 : Six Mois de Métamorphose

L’été arriva à Paris, transformant la ville. Les quais de Seine se remplirent de pique-niqueurs, les terrasses débordèrent. Six mois s’étaient écoulés depuis le téléchargement de Strongbody IA.

Les résultats physiques étaient indéniables, bien que le Dr. Benamar insistât toujours sur le fait qu’ils n’étaient que la partie émergée de l’iceberg. Émilie avait perdu douze kilos. Sa silhouette s’était affinée, mais surtout tonifiée grâce au yoga et aux séances de jogging bi-hebdomadaires avec Anna. Sa peau, nourrie par une hydratation constante et une alimentation riche en légumes de saison (elle était devenue une habituée du marché de Barbès), avait retrouvé son éclat.

Mais la transformation la plus profonde était invisible. Émilie avait retrouvé sa voix. Elle avait recommencé à travailler. Pas au lycée — l’idée de retourner dans une salle de classe l’angoissait encore trop — mais en donnant des cours particuliers de littérature française via une plateforme en ligne. Elle avait des élèves au Japon, aux États-Unis, en Australie. Parler de Proust et de Flaubert à des passionnés du bout du monde lui redonna le sentiment de compétence qu’elle avait perdu. Elle n’était plus « la femme divorcée dépressive ». Elle était « Madame Laurent, professeure ».

Elle partagea cette victoire avec Sofia lors de leur bilan mensuel. — Je me sens utile à nouveau, dit Émilie. Je ne pensais pas que c’était possible.L’utilité est un puissant antidépresseur, répondit Sofia avec son sourire sage. Mais n’oubliez pas : vous n’êtes pas votre travail. Vous avez de la valeur même quand vous ne faites rien.

C’était une leçon difficile à intégrer dans une société française méritocratique, mais Émilie y travaillait. Elle apprit à s’asseoir sur un banc au Square Louise-Michel, au pied du Sacré-Cœur, et à ne rien faire d’autre que regarder les touristes et écouter les musiciens de rue, sans culpabiliser de « perdre son temps ».

Elle devint bénévole à la bibliothèque municipale de son quartier, rue du Mont-Cenis. Deux après-midi par semaine, elle aidait au classement et animait l’heure du conte pour les enfants. L’odeur des livres, le calme studieux, le contact avec les enfants qui écoutaient ses histoires avec des yeux ronds… C’était un baume pour son cœur maternel qui n’avait jamais eu d’enfant.

Chapitre 9 : Une Rencontre au Bord du Canal

C’est à la bibliothèque, un mardi de juillet caniculaire, que cela arriva. Émilie rangeait des ouvrages dans la section « Poésie » quand une main hésitante toucha son épaule. — Excusez-moi, madame. Je cherche l’édition bilingue des Fleurs du Mal, celle avec les commentaires de Sartre. Je ne la trouve pas.

Émilie se retourna. Devant elle se tenait un homme d’une cinquantaine d’années. Il avait des cheveux poivre et sel un peu longs, des lunettes rondes en écaille, et portait une chemise en lin froissée dont les manches étaient retroussées. Il avait l’air un peu perdu, un peu rêveur. — Je crois qu’elle est en réserve, dit Émilie, surprise par la précision de la demande. Je vais voir.

Elle revint avec le livre. L’homme, qui s’appelait Julien, la remercia chaleureusement. Il était architecte paysagiste, mais sa vraie passion était la poésie symboliste. Ils échangèrent quelques mots sur Baudelaire. Puis sur Verlaine. La conversation glissa naturellement, fluide, sans les silences gênants qu’Émilie redoutait tant.

Julien n’avait pas l’arrogance de Marc. Il parlait doucement, il écoutait vraiment. Il regardait Émilie non pas comme une proie ou un objet, mais comme une interlocutrice intéressante. — Je… je viens souvent lire ici, dit-il en prenant le livre. Peut-être qu’on pourrait continuer cette discussion autour d’un café, après votre service ? Si vous voulez, bien sûr.

La vieille Émilie, celle d’il y a six mois, aurait paniqué. Elle aurait prétexté une urgence, se serait sentie trop grosse, trop inintéressante, trop cassée pour plaire à qui que ce soit. Mais la nouvelle Émilie, celle qui avait couru sous la pluie aux Buttes-Chaumont, celle qui avait survécu à ses propres démons, respira un grand coup. — Avec plaisir, dit-elle. Je finis dans vingt minutes.

Ils allèrent boire un verre (un Perrier tranche pour elle, un demi pour lui) à la terrasse d’un café rue Caulaincourt. Puis, comme la soirée était douce, ils marchèrent le long du Canal Saint-Martin. L’eau du canal scintillait sous les lampadaires. Des groupes de jeunes jouaient de la guitare sur les berges. L’atmosphère était électrique, vivante. Julien lui parla de son amour pour les jardins japonais, de sa propre solitude après le décès de sa femme il y a trois ans. Il y avait une blessure en lui aussi, et cela rassura Émilie. Ils n’étaient pas des êtres parfaits cherchant la perfection. Ils étaient deux survivants cherchant un peu de douceur.

Vous avez une présence apaisante, Émilie, lui dit-il alors qu’ils s’arrêtaient sur une passerelle en fer forgé, regardant une péniche passer l’écluse. On sent que vous avez traversé des tempêtes, mais que vous avez gardé le cap.

Émilie sourit. Elle n’avait pas gardé le cap toute seule. Elle pensa à Anna, à Sophie, à Sofia sur son écran, à ses propres efforts acharnés. — J’apprends à naviguer, répondit-elle simplement. Julien effleura sa main. Un contact léger, respectueux, qui fit courir un frisson le long de son bras. Ce n’était pas la passion dévorante de sa jeunesse. C’était quelque chose de plus mûr, de plus ancré. Une promesse de sérénité.

Chapitre 10 : L’Horizon Dégagé

Six mois plus tard. Décembre était revenu sur Paris, mais cette fois, la pluie qui tombait sur la vitre n’était plus un rideau de larmes. C’était juste de la pluie. De l’eau nécessaire pour que les fleurs du printemps prochain puissent éclore.

Émilie était assise dans son salon. L’appartement avait changé. Elle avait repeint les murs en blanc cassé, accroché des rideaux colorés, acheté des plantes vertes qu’elle soignait avec amour. L’odeur de moisi avait disparu, remplacée par celle d’une bougie à la fleur d’oranger et du thé Earl Grey qui fumait dans sa tasse.

Elle venait de terminer sa dernière session vidéo avec le Dr. Benamar. C’était une session de clôture, ou plutôt, de transition vers une autonomie complète. — Vous n’avez plus besoin de moi pour tenir le guidon, Émilie, avait dit Sofia avec fierté. L’application reste là en soutien, pour le suivi, mais le pilote, c’est vous.Merci, Sofia. Vous m’avez sauvé la vie.Non, avait corrigé le médecin. Je vous ai donné une carte et une boussole. C’est vous qui avez marché.

Son téléphone vibra. Un message de Julien : « Je passe te prendre à 20h pour l’expo au Centre Pompidou ? J’ai hâte de te voir. J. » Un autre message, d’Anna : « Dimanche, course de 10km pour une asso caritative. Tu t’inscris avec moi ? On le fait pour le fun ! »

Émilie posa son téléphone et regarda par la fenêtre. En bas, la ville brillait de ses lumières de Noël. Elle se sentait calme. Elle savait que tout n’était pas réglé. Elle avait encore des jours sombres, des moments de doute où l’image de son ex-mari revenait la hanter, où la peur de l’avenir la saisissait. Elle savait que la vie était cyclique, faite de hauts et de bas. Mais elle savait aussi qu’elle avait désormais les outils pour affronter les bas.

Elle avait appris la leçon la plus importante, celle que Strongbody IA et Sofia avaient tenté de lui inculquer dès le premier jour : le bonheur n’est pas une destination finale où l’on arrive pour se reposer éternellement. Le bonheur est une manière de voyager. C’est la capacité à s’écouter, à se pardonner, à demander de l’aide quand le sac devient trop lourd, et à tendre la main quand on se sent assez fort.

Elle se leva, s’étira. Son corps répondait présent, fort, vivant. Elle alla dans sa chambre, choisit une robe en velours vert émeraude qu’elle s’était offerte récemment — une taille 40, qui lui allait à merveille. Elle se maquilla légèrement, mettant en valeur ses yeux noisette qui pétillaient à nouveau.

Ce soir, elle sortait. Elle allait marcher dans Paris sous la pluie, main dans la main avec un homme qui aimait la poésie, entourée par l’amitié d’Anna et l’amour de sa sœur. Elle n’était plus la victime de son histoire. Elle en était l’auteure.

Et tandis qu’elle fermait la porte de son appartement, laissant derrière elle les fantômes du passé, Émilie sut qu’elle était enfin rentrée chez elle : en elle-même.

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